Pour que la charge mentale ne pèse plus sur mes rêves

Hier soir, j’ai terminé le livre Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou Lecoq. Un essai stimulant et drôle qui part de la répartition des tâches ménagères au sein des couples modernes hétérosexuels pour arriver à l’idée que l’égalité hommes-femmes dans le monde actuel, c’est pas encore gagné. D’accord, on s’en doutait. Mais l’autrice réussit son coup en partant de la chaussette qui traîne par terre pour élaborer une réflexion à la fois intime et universelle sur les rapports de domination et le sexisme dans notre société, à la maison comme à l’extérieur de la maison. Titiou Lecoq aborde notamment la fameuse notion de « charge mentale », notion si salvatrice pour mes congénères et moi-même lorsqu’elle a été révélée à grande échelle par la dessinatrice Emma tant poser un nom et une explication sur ce qui reste de l’ordre de l’informulé est salutaire.

Quand j’ai commencé la lecture de ce livre, j’étais comme une vieille sorcière se frottant les mains devant un jardin d’enfants non surveillé. Sauf que ce que je regardais, moi, c’était mon petit-ami. « Ah ! 200 pages de démonstrations et d’arguments pour prouver une fois de plus que j’ai raison et lui en mettre plein la gueule, trop cool. » J’étais déjà sur le ring, prête à cogner au moindre faux-pas du mâle, me rendant ainsi digne de l’étiquette « féministe » que je suis fière d’arborer au quotidien.

Et puis, non. Pas de rage, pas de montée d’adrénaline, pas d’envie d’en découdre. Enfin si, mais avec moi-même.

Je précise d’emblée qu’à aucun moment l’autrice n’exhorte (ni même n’incite) à être conciliante, à arrondir les angles, à « lâcher prise » (Dieu que je hais cette expression sur ce sujet), à faire avec, à négocier, à tolérer. Non. Elle défend une égalité qui se compte et non qui s’évalue au doigt mouillé. Et sur ça, je la rejoins. Alors, pourquoi donc ce livre m’a-t-il donné envie d’en découdre avec moi-même ? Parce qu’en plus de dire que les femmes en font plus que les hommes pour les tâches ménagères, Titiou Lecoq fait prendre conscience au deuxième sexe qu’en pensant davantage à lui, il parviendra plus facilement à mettre en place la gestion d’un espace et d’une vie partagée. Une femme doit apprendre à vivre pour elle-même et par elle-même. Elle doit prendre conscience que des siècles d’histoire lui ont mis dans le crâne qu’elle devait penser aux autres avant de penser à elle. En gardant dans son for intérieur une bonne place dédiée à soi, qui serait intitulée « Ma gueule », une femme aura, il me semble, davantage de facilités à se faire entendre auprès de son partenaire pour tout ce qui concerne la poussière, les chaussettes sales et le caca.

Dans son dernier chapitre intitulé « Et maintenant ? », Titiou Lecoq parle de ce qui a changé depuis sa prise de conscience, chez elle comme en elle. Elle dit « [avoir] appris qu’il fallait négocier nos normes respectives pour en créer une commune. » Simple comme bonjour, et pourtant, ce n’est pas l’évidence même quand on se trimballe dans un coin du cerveau tout un héritage de lois divines assénant peu ou prou que « Tu tiendras ta maison et ta personne propres et soignées en permanence sinon personne ne t’aimera et seule avec des chats tu finiras. » Ça vous semble idiot ? C’est pourtant la vérité. L’autrice le résume très bien en quelques phrases : « En fait, les changements les plus marquants sont tous personnels, dans mon rapport à moi et mon positionnement face au monde. Le travail de recherche que j’ai fait a été un véritable dévoilement. Il m’a forcée à me remettre en question, à voir mes propres contradictions, mes petits arrangements, mes aliénations. Je ne pensais pas que j’étais à ce point-là une femme. »

Elle parle ensuite de ce dont elle ne veut pas, de ce qu’elle n’a pas envie de devenir. Elle ne veut pas de dimanches passés à faire des machines et à crier sur les enfants, elle ne veut pas passer du temps à faire un gâteau maison pour le goûter à l’école alors qu’elle pourrait, comme les hommes se permettent de le faire, amener un Savane acheté au supermarché. Elle ne veut pas devenir la bonniche en chef de la maison pendant que son partenaire continue à mener sa carrière et ses projets, finir par le détester et par devenir aigrie. Alors, comment fait-on, Titiou Lecoq, pour partager sa vie avec quelqu’un qu’on aime profondément et poursuivre dans le même temps ses rêves et ses ambitions sans se faire taxer, par les autres et surtout par soi-même, d’égoïste finie ? « Je ne sais pas comment on fait. Quand j’étais jeune, j’ai commencé par établir une liste de tout ce que je ne voulais pas. Peut-être qu’il faut recommencer par là. » Alors j’ai attrapé un stylo et une feuille et, au lieu d’y noter comme souvent les choses à faire, courses, papiers administratifs, rangements divers, j’ai listé « les choses qui ne m’intéressent pas et avec lesquelles je perds du temps ». La première chose que j’y ai inscrite (après « Les enfants et les chats des autres ») a été « Le ménage ». Merci Titiou Lecoq de m’avoir donné des pistes pour ne plus avoir à le subir comme une fatalité.

Informations pratiques

Titiou Lecoq, Libérées, Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale

Éditions Fayard, 2017

17 euros

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