De terre et de feu

Aujourd’hui encore, je crois parfois l’apercevoir lorsque je passe devant un atelier de potier. Il y a huit ans que je l’ai rencontrée. Je préparais alors un doctorat en criminologie à la Sorbonne et effectuais ponctuellement quelques missions de police scientifique. Il faisait très chaud en ce printemps 1897 et je passais bien des nuits entières sans sommeil. Couché dans ma chambre de bonne rue Soufflot, la tête dans les toits de Paris, je pensais à tous les cadavres de la ville en m’agitant dans mes draps humides. Lorsque la chaleur devenait trop étouffante, je passais ma tête par la fenêtre et observais la rue déserte.

Au début du mois de mai, je fus contacté en urgence pour assister des dentistes ayant pour mission d’identifier des cadavres par leurs dents. C’était en effet tout ce qu’il restait des corps qui avaient brûlé dans un incendie. Je devais me rendre au commissariat du 8e arrondissement au plus vite pour recevoir davantage d’instructions.

Lire la suite « De terre et de feu »

Listes

La main de ma mère me tend le petit papier avec la liste de courses. Trois bananes bien mûres, sucre, farine, œufs, yaourt. Je n’ai pas besoin de regarder pour y voir les fautes d’orthographe, les mots tachetés de honte à l’image des bananes presque pourries qu’elle me demande d’acheter. Je frôle sa main en prenant la liste mais je ne veux pas croiser ses yeux. Je sais que la veille ils se sont posés sur ma liste à moi, dans ma chambre.

Lire la suite « Listes »

La tombe de Jim

Certaines nuits, je rêve que je m’allonge sur la tombe de Jim Morrison. Mes oreilles ont découvert sa voix à l’âge de 16 ans et c’est par mon sexe qu’elle a pénétré. J’étais en voiture. L.A. Woman envahissait l’habitacle, et Jim a entamé sa litanie du mister Mojo. « Mister Mojo Risin ». Ces paroles et la voix de Jim ont pris possession de moi.

Lire la suite « La tombe de Jim »

Bouffe ta langue

Des fois je me demande vraiment ce qu’elle cherche, la prof, en nous faisant apprendre des mots chelous. Sérieux, elle croit vraiment que je vais dire à Walid : « Wesh mec, t’as l’air chafouin ma parole », ou alors que ma mère va me sortir : « Va me chercher des bananes chez le dépanneur ». Elle s’est craquée avec ses listes de vocabulaire, on dirait presque qu’on tourne un film de science fiction tellement je capte rien. Et quand on lui dit, elle nous sort toujours la même chose : « C’est important pour vous d’enrichir votre vocabulaire, c’est grâce à ça que vous pourrez réfléchir. » Franchement elle est un peu conne, quand je réfléchis c’est dans ma tête, pas besoin de mots, et encore moins de mots chelous qui pourrissent dans des dictionnaires tellement personne les ouvre.

Lire la suite « Bouffe ta langue »

Des yeux bordés d’olive

Elle est grosse et s’appelle Olive. Trop bizarre. Est-ce que je m’appelle clafoutis, moi ? Mais bon, elle danse en envoyant son sourire à travers l’écran de la télé. Elle sait pas trop aligner un pied devant l’autre. Mais moi je vois bien qu’elle s’en fout.

C’est vrai que l’Amérique, c’est pas pareil que la France. Là-bas, tout le monde s’en fout et voilà, fin de l’histoire. Alors qu’ici, faut toujours expliquer tout ce que tu fais, même ce que tu fais pas. Tu t’allonges sur un lit et tu vides ton sac, il paraît. Maman dit que c’est une théorie de la Fraude. Je savais pas qu’on pouvait frauder dans un lit.

Moi, le seul sac que j’ai, c’est un cartable trop lourd. Lire la suite « Des yeux bordés d’olive »

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑