Épisode 2 : En voiture, Simone ! (« Mémoires d’une jeune fille rangée », Simone de Beauvoir)

J’ai lu le livre avec régularité, un peu chaque jour. Je m’y plongeais avec un certain délice : j’aimais l’écriture de Simone de Beauvoir, j’aimais retrouver ce gros classique dont la couverture et la mise en page étaient d’une sobriété élégante. Je n’ai cependant presque aucun souvenir de cette lecture : je ne me rappelle pas les émotions ou réflexions qu’elle a pu susciter en moi. Pour être tout à fait honnête, je crois avoir lu ce livre de manière mécanique, sans y comprendre grand chose, en appréciant surtout l’acte de lire un livre dont je pressentais la beauté et la profondeur. J’ai tout de même conservé un souvenir tenace de deux moments du livre : celui où la très jeune Simone se regarde dans un miroir et apprécie avec complaisance le reflet de son visage encadré d’anglaises brunes, et celui où la Simone adolescente raconte sa transformation physique en disant qu’elle est devenue sinon laide, du moins ni jolie ni gracieuse.

J’ai refermé le livre quelques semaines après l’avoir commencé, avec un naïf sentiment de devoir accompli, n’ayant pas retiré grand chose de cette lecture, sinon le sentiment d’avoir caressé de manière superficielle un monument de littérature. Les caresses intimes ne devaient avoir lieu que bien après.

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Épisode 1 : Mémoire d’une jeune fille heurtée (“Mémoires d’une jeune fille rangée”, Simone de Beauvoir)

Quand j’étais en première, j’ai passé, comme beaucoup de lycéens, des oraux blancs de français. Pour le tout premier d’entre eux, j’avais bien révisé mes fiches et étais prête à réciter mes plans. Ma professeure de lettres, une femme d’une cinquantaine d’années avec un côté vieille France, dynamique et rigolote, mais malgré tout très académique, nous avait conseillé d’apprendre les plans qu’elle nous donnait et de les “recracher” en essayant de les adapter artificiellement à la question posée sur le texte.
Je m’exécutai donc quand mon examinateur, un autre professeur de lettres du lycée, m’interrogea sur un extrait de Huis clos de Jean-Paul Sartre. Quelle chance, une oeuvre que j’avais adoré étudier ! Après avoir fait le perroquet en essayant d’être élégante et naturelle dans ma manière de réciter par cœur mon cours, j’essayai de répondre aux questions de l’entretien. L’examinateur me questionna sur l’existentialisme et d’autres sujets dont je ne me souviens plus et, face à mon air perplexe et à mon absence de réaction, il me demanda, quelque peu agacé : “Avez-vous lu Simone de Beauvoir ?” Je répondis que non, incrédule et honteuse. “Vous devez vous intéresser aux auteurs que vous étudiez, aller au-delà de ce que vous faites en classe” me recommanda-t-il sur un ton autoritaire. Et neuf sur vingt.

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Listes

La main de ma mère me tend le petit papier avec la liste de courses. Trois bananes bien mûres, sucre, farine, œufs, yaourt. Je n’ai pas besoin de regarder pour y voir les fautes d’orthographe, les mots tachetés de honte à l’image des bananes presque pourries qu’elle me demande d’acheter. Je frôle sa main en prenant la liste mais je ne veux pas croiser ses yeux. Je sais que la veille ils se sont posés sur ma liste à moi, dans ma chambre. Lire la suite « Listes »

La tombe de Jim

Certaines nuits, je rêve que je m’allonge sur la tombe de Jim Morrison. Mes oreilles ont découvert sa voix à l’âge de 16 ans et c’est par mon sexe qu’elle a pénétré. J’étais en voiture. L.A. Woman envahissait l’habitacle, et Jim a entamé sa litanie du mister Mojo. « Mister Mojo Risin ». Ces paroles et la voix de Jim ont pris possession de moi. Lire la suite « La tombe de Jim »

Bouffe ta langue

Des fois je me demande vraiment ce qu’elle cherche, la prof, en nous faisant apprendre des mots chelous. Sérieux, elle croit vraiment que je vais dire à Walid : « Wesh mec, t’as l’air chafouin ma parole », ou alors que ma mère va me sortir : « Va me chercher des bananes chez le dépanneur ». Elle s’est craquée avec ses listes de vocabulaire, on dirait presque qu’on tourne un film de science fiction tellement je capte rien. Et quand on lui dit, elle nous sort toujours la même chose : « C’est important pour vous d’enrichir votre vocabulaire, c’est grâce à ça que vous pourrez réfléchir. » Franchement elle est un peu conne, quand je réfléchis c’est dans ma tête, pas besoin de mots, et encore moins de mots chelous qui pourrissent dans des dictionnaires tellement personne les ouvre. Lire la suite « Bouffe ta langue »

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